Chercher à résister aux crises, c’est lutter contre un symptôme. Les crises de boulimie ou d’hyperphagie sont fréquemment considérées comme le problème à éradiquer, or si elles posent des problèmes elles ne sont pas LE problème. Le problème qui déclenche les crises est ailleurs, je l’appelle « IPECE ». Inaptitude à Prendre En Charge ses Émotions. C’est parce que la personne ne sait pas quoi faire de ce qu’elle ressent (colère, tristesse, ennui, frustration, calme, impression de vide, etc.) qu’elle a recourt à la nourriture. Chaque crise est en réalité une stratégie qui a pour but d’atténuer un ressenti désagréable pour la personne, elle est un moyen de faire au mieux – ou devrais-je écrire « au moins pire » - avec ce qu’elle ressent. C’est parce que la personne souffre d’une IPECE qu’elle déclenche des crises alimentaires, impossible alors d’éradiquer les crises si l’IPECE n’est pas traitée.

 

             Chercher à résister aux crises, c’est lutter contre une aide précieuse. Boulimer est plus qu’utile pour les personnes qui ignorent quoi faire de leurs émotions. La nourriture tempère les ressentis trop vifs, elle permet de passer ses nerfs, donne du courage, de la force pour affronter certains évènements de la vie, en nous permettant de faire quelque chose plutôt que rien elle offre également l’impression de moins subir certaines situations. Pour qui souffre de TCA les aliments sont de véritables ali-calmants, c'est-à-dire des aliments qui permettent de retrouver un minimum de sérénité en période de forte perturbation. La crise de boulimie est souvent le seul moyen connu pour continuer à vivre malgré les situations difficiles qu’elles rencontrent, s’en priver n’est pas sans effet.

 

             Chercher à résister aux crises, c’est aggraver son cas. La compulsion alimentaire se déclenche lorsque la personne se sent en danger par rapport aux émotions qu’elle traverse, elle se manifeste sous forme de tension intérieure, tension conçue pour être irrésistible. Chercher à résister à la compulsion ne fait que l’intensifier, la tension intérieure éprouvée augmente jusqu’à devenir insoutenable, insupportable. Résister à une compulsion ne permet pas d’échapper à la crise de boulimie, elle ne fait que la reconduire. De plus, se sentant plus en danger encore face à ce ressenti plus puissant encore la personne a recours à une crise « King size » qui réclame d’ingurgiter plus de nourriture que d’habitude, dans un temps plus court, les douleurs physique et morales qui en découlent sont plus violentes que si la crise avait été faite en temps voulu. Résister aux crises n’est pas rentable, alors en attendant de résoudre votre IPECE, répondez aux compulsions !

 

 

             Chercher à résister aux crises, quelques personnes affirment y parvenir. Trois possibilités :

1. La personne souffrant de TCA suit un régime stricte grâce à une volonté de fer. Malheureusement la volonté à elle seule ne permet pas de tenir très longtemps, un mois en moyenne. Après un mois les crises reprennent de plus belle. De plus il est courant d’observer une aggravation des manifestations boulimiques et hyperphagiques après cette période de résistance.

 2. Son addiction a été échangée contre une autre. On peut remarquer que les personnes qui réussissent à ne pas faire de crise alimentaire pendant une période supérieure à un mois ont souvent adopté un autre type de trouble du comportement. On peut relever notamment un recours à l’alcool, à certaines drogues, aux achats compulsifs, ou l’apparition de TOC, de phobies par exemple.

 3. Elles ont développé leur aptitude à prendre en charge leurs émotions, le plus souvent grâce à un suivi thérapeutique efficace.

 

             Mais alors, comment résoudre la racine du problème ? Il n’y a qu’une seule chose à faire pour sortir définitivement de la boulimie et de l’hyperphagie : Développer ses capacités à prendre en charge les émotions. Il est question d’apprendre à repérer les moments de déstabilisation, de découvrir comment accueillir les émotions sans en avoir peur, comment les comprendre, et d’acquérir les compétences nécessaires pour les utiliser pour se diriger vers le bien-être. Lorsque l’on sait exactement quoi faire de son ressenti alors le Trouble du Comportement Alimentaire disparaît … de lui-même !

 

Article écrit par Barbara Verhaeghe, Thérapeute TCA

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