Dans le dessin animé  Alice au pays des merveilles  - que j’appellerais plus volontiers « Alice au pays des contrariétés » - le personnage principal se retrouve confronté à de nombreuses situations déstabilisantes, situations face auxquelles il réagit peu, voire pas du tout.

Relevons ici quelques scènes caractéristiques. Alice tombe par surprise dans un gouffre dont elle ne voit pas la fin. De nombreuses portes lui barrent la route. L’ouverture d’une porte principale se refuse à elle.  Alice se fait marcher dessus par plus de dix personnages.  Deux hommes tentent de la garder dans un bois. Un inconnu la prend pour une autre, lui donne des ordres. Des fleurs s’associent pour la critiquer ouvertement sur son apparence, puis l’expulsent et l’arrosent. Alice est ensuite renvoyée une seconde fois, envahie de fumée. Un oiseau beaucoup plus petit qu’elle la traite de « serpent ». Le chapelier fou rit de son manque de connaissance. Dans la cour royale Alice est la victime d’une blague collective et reçoit des ordres ; elle est enfin menacée de mort, accusée à tort. 

Dans la plupart des scènes Alice subit ce qui lui arrive. Passive, elle manifeste en très peu d’émotion, n’exprime pas son désaccord. Ses quelques rares tentatives d’affirmation se retournent rapidement contre elle. Dans l’ensemble elle se laisse faire, laisse dire et ne refuse pas d’appliquer ce qu’on lui impose. Au pays des contrariétés, la seule arme de protection et de défense que semble posséder Alice est la nourriture. Présentée sous un aspect magique, elle l’emploie pour  s’adapter aux évènements qui la perturbent. 

 

Tout comme Alice, certaines personnes utilisent la nourriture pour faire face aux difficultés. Dans leurs cas les aliments ne sont pas consommés pour changer de taille (même si…), mais pour atténuer ce qui est ressenti et dont elles ne savent que faire, empêcher des paroles trop violentes de s’échapper, mais aussi pour faire quelque chose plutôt que rien, occuper son esprit ou encore se donner du courage.

Les personnes souffrant de TCA, elles, ne se trouvent pas dans un rêve mais bien dans la réalité. Pour sortir du syndrome d’Alice, elles peuvent apprendre à développer des « compétences de vie » qui leur permettront de ne plus jamais se laisser faire, et ce quelque soit le contexte dans lequel elles se trouveront. Ces compétences peuvent se développer à tout âge, notamment en Thérapie Active.

 

Article écrit par Barbara Verhaeghe, Thérapeute TCA

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